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Manger

Chicha, pisco, emoliente, café : ce qu’on boit au Pérou

Un verre violet sur chaque table, une bière de maïs dans les picanterías, une eau-de-vie de raisin protégée par une appellation, une tisane chaude vendue au coin de la rue : au Pérou, la boisson fait partie du repas. Voici comment chacune est faite, ce qui contient de l’alcool et ce qui n’en contient pas, et comment commander.

Texte révisé le 11 octobre 2026

En bref

La chicha morada est une boisson sans alcool au maïs violet ; la chicha de jora, une boisson fermentée de maïs germé, faiblement alcoolisée. Le pisco est une eau-de-vie de raisin à appellation d’origine, base du pisco sour (avec blanc d’œuf) et du chilcano. L’emoliente est une boisson chaude d’orge et de plantes. Évitez l’eau du robinet et la glace.

Avec ou sans alcool : le tableau

Boisson Ce que c’est Alcool
Chicha morada Infusion de maïs violet, fruits et épices, sucrée Non
Chicha de jora Boisson fermentée de maïs germé (la « jora ») Oui, faible
Chicha de guiñapo Chicha fermentée de maïs violet germé, à Arequipa Oui, faible
Emoliente Boisson chaude d’orge grillée et de plantes Non
Pisco Eau-de-vie de raisin, à appellation d’origine Oui, forte
Pisco sour, chilcano Cocktails au pisco Oui
Masato Boisson fermentée de manioc, en Amazonie Oui, variable
Inca Kola Soda jaune Non

Le mot « chicha » seul ne dit pas s’il y a de l’alcool : demandez « ¿Es chicha morada o chicha de jora? ».

La chicha morada, sans alcool

La chicha morada se fait avec le maïs violet (maíz morado), une variété cultivée dans les Andes. Selon Wikipédia, la version maison fait bouillir les épis avec l’écorce de l’ananas, des morceaux de coing, de la cannelle et du clou de girofle ; on filtre, on laisse refroidir, puis on ajoute du sucre ou de la chancaca (sucre de canne non raffiné), des fruits coupés et du citron vert. Il n’y a pas de fermentation : c’est une boisson sans alcool.

Verre de chicha morada violette avec des glaçons, épis de maïs violet, ananas, bâtons de cannelle et citrons verts
Illustration : chicha morada : maïs violet, ananas et cannelle

On la trouve sous trois formes : faite maison, en poudre à diluer (sucre, acidifiants, arômes), ou en bouteille industrielle. Au restaurant, demandez si elle est maison : « ¿Es casera? ». Épaissie à la fécule, la même base donne la mazamorra morada, un dessert.

Les formats : au verre (« vaso »), au pichet (« jarra ») ou au litre. Une carte qui annonce un pichet sans contenance ne permet pas de comparer : demandez combien de verres il sert. Voir notre recette de chicha morada.

La chicha de jora, fermentée

La jora est du maïs germé puis séché et moulu. Selon Wikipédia, la préparation prend environ un mois : germination sous des feuilles, séchage au soleil, mouture, cuisson longue de la farine dans l’eau avec des herbes, parfois de la chancaca, puis fermentation de plusieurs jours. Le résultat est une bière de maïs trouble et acidulée, faiblement alcoolisée (de 1 à 3 % selon la même source), qui varie selon la région et la personne qui la fait.

Verre de chicha de jora trouble et mousseuse, devant une cruche en terre cuite, dans une salle rustique
Illustration : chicha de jora, boisson fermentée de maïs germé

Elle se boit dans les chicherías et les picanterías du sud andin et du nord, et sert aussi en cuisine : le cabrito ou le seco du nord sont souvent mijotés à la chicha de jora. À Arequipa, la chicha de guiñapo est faite de maïs violet germé ; une picantería comme La Nueva Palomino la vend au demi-litre, au litre ou en carafe.

Verre de chicha de guiñapo, boisson sombre et trouble, à côté d’une cruche en terre cuite
Illustration : chicha de guiñapo, boisson fermentée d’Arequipa : pas la chicha morada

Le pisco : une eau-de-vie de raisin protégée

Le pisco est une eau-de-vie de raisin. Un décret de janvier 1991 en a fait une appellation d’origine péruvienne, réservée aux eaux-de-vie distillées sur la côte des départements de Lima, Ica, Arequipa, Moquegua et dans les vallées de Locumba, Sama et Caplina, à Tacna. La norme technique péruvienne le définit comme une eau-de-vie obtenue exclusivement par distillation de moûts frais de raisins « pisqueros », récemment fermentés. PROMPERÚ souligne qu’aucun autre ingrédient que le moût frais n’entre dans sa fabrication.

Les huit cépages se répartissent en deux familles : les non aromatiques (Quebranta, Mollar, Negra criolla, Uvina) et les aromatiques (Italia, Moscatel, Torontel, Albilla).

Les trois catégories :

  • Puro : un seul cépage. Le pisco puro de Quebranta est la base classique du pisco sour.
  • Acholado : un assemblage de plusieurs cépages ou de plusieurs piscos.
  • Mosto verde : distillé avant que la fermentation ne soit terminée ; il faut plus de raisin par litre, ce qui le rend plus cher. Il n’est pas sucré pour autant.

Le pisco est aussi produit, sous ce nom, au Chili : les deux pays en revendiquent l’origine. Le quatrième dimanche de juillet est le jour du pisco au Pérou, depuis une résolution ministérielle de 1999.

Pisco sour et chilcano

  • Le pisco sour : pisco, jus de citron vert, sirop de sucre (« jarabe de goma »), blanc d’œuf battu et quelques gouttes d’amer d’angostura. Les premières mentions écrites datent de revues liméniennes de 1920 et 1921, selon Wikipédia ; le Pérou lui consacre une journée, le premier samedi de février. Certaines cartes proposent aussi un pisco sour « catedral », plus cher : demandez ce qui le distingue.
  • Le chilcano : pisco, citron vert et ginger ale sur glace, avec quelques gouttes d’angostura ; un cocktail allongé, simple à préparer.
  • Les autres : le pisco punch (pisco, citron et ananas), l’algarrobina (pisco, lait évaporé, sirop de caroube), le capitán (pisco et vermouth), les macerados (pisco macéré aux fruits ou aux herbes).

Allergies : le pisco sour contient du blanc d’œuf cru, l’algarrobina du lait. Signalez-le ou choisissez un chilcano.

Avec modération : un pisco sour se boit comme un cocktail fort, pas comme une boisson du repas. En altitude, à Cusco ou à Puno, le CDC conseille d’éviter l’alcool pendant les 48 premières heures : voir l’altitude.

Pisco sour dans un verre bas, mousse blanche marquée de gouttes d’amer, bol de citrons verts à côté
Illustration : pisco sour
Chilcano dans un grand verre rempli de glace avec un quartier de citron vert, bol de maïs grillé à côté
Illustration : chilcano

L’emoliente, boisson chaude de la rue

L’emoliente est une boisson chaude vendue le matin et le soir par des emolienteros, avec leur charrette, au coin des rues de Lima. Selon Wikipédia, elle se prépare avec de l’orge grillée, des extraits de plantes (prêle, graines de lin, luzerne, plantain, boldo), du sucre et du jus de citron vert ; les versions « especiales » ajoutent miel, pollen, sirop de caroube ou d’autres plantes. On la boit chaude, plus ou moins sucrée : demandez « poco dulce ».

Verre d’emoliente ambré et filtré sur un comptoir, à côté d’un citron vert et de bols d’orge et de plantes séchées
Illustration : emoliente : infusion chaude d’orge et de plantes, filtrée

Des vertus médicinales lui sont attribuées ; ce guide n’en reprend aucune. Si vous êtes enceinte, allaitez ou prenez un traitement, demandez la liste des plantes avant de boire.

Jus, limonades et sodas

  • Les jus (« jugos ») : papaye, ananas, orange, « surtido » (mélange), fraise au lait. Ils sont souvent servis sucrés : demandez « sin azúcar » ou « poco azúcar », et précisez « sin hielo » (sans glace).
  • La limonada : citron vert, eau et sucre, parfois mixée avec de la glace (« frozen »).
  • En Amazonie : l’aguajina, jus du fruit de l’aguaje, le jus de cocona, et des boissons fermentées comme le masato, le plus souvent à base de manioc, qui contiennent de l’alcool.
  • L’Inca Kola : un soda jaune et sucré, vendu depuis 1935, dont l’ingrédient principal est la verveine citronnée (hierba luisa), selon Wikipédia, la formule restant secrète. C’est la boisson qui accompagne souvent un chaufa ou un pollo a la brasa.

Le CDC rappelle que les boissons en bouteille fermée et les sodas sont en général sûrs, mais pas la glace ni l’eau du robinet. Un jus pressé devant vous avec de l’eau traitée réduit le risque, sans l’annuler.

Deux grands verres de jus, papaye orange et fruit de la passion jaune, devant une papaye et des maracujas coupés, sur un comptoir de marché
Illustration : jus de papaye et de fruit de la passion, préparés au comptoir

Café, thé et chocolat

Le Pérou est un grand producteur de café : selon Wikipédia, il pousse dans les vallées où les Andes rejoignent la forêt, au nord (Cajamarca, Amazonas, San Martín, Piura), au centre (Junín, Pasco, Huánuco) et au sud (Cusco, Puno, Ayacucho), surtout chez de petits producteurs qui cultivent moins de cinq hectares.

Tasse de café noir et tasse de chocolat chaud, carrés de chocolat et grains de café sur une table en bois
Illustration : café et chocolat chaud

Dans une sanguchería, on vous servira plutôt un café pasado : un café filtré goutte à goutte, très concentré, qu’on allonge d’eau chaude. Les infusions (« mates ») sont partout : la carte de La Nueva Palomino, à Arequipa, propose camomille, coca, verveine, anis, cédrat ou muña, une menthe des Andes ; à Arequipa, le té piteau est un thé servi avec un petit verre d’anis. Le cacao pousse sur la côte nord et en Amazonie, selon PROMPERÚ ; en décembre, les « chocolatadas » réunissent autour d’un chocolat chaud et d’un panettone.

Tasse d’infusion dorée et brin de muña sur la soucoupe, montagnes en arrière-plan
Illustration : mate de muña, l’infusion d’une menthe des Andes

Et l’infusion de coca ?

La feuille de coca se boit en infusion (« mate de coca ») dans les Andes, et beaucoup de gens sur place disent qu’elle aide à supporter l’altitude. C’est une aide de tradition, pas un médicament, et elle ne voyage pas partout : l’importation de produits à base de coca est interdite en Suisse selon le DFAE. Voir feuille de coca.

Ce que coûtent quelques boissons au restaurant

Le tableau ci-dessous reprend des prix relevés sur des cartes de restaurants, avec leur format. Une chicha morada au verre et un pichet ne se comparent pas ; un pisco sour « simple » et un « catedral » non plus.

Sources et dates

12 sources

Prix, horaires et règles changent : chaque information citée renvoie à sa source, avec sa date de consultation.

Sources consultées

Comment nous choisissons et datons nos informations : notre méthode. Une information a changé ? Signalez-la.

Quelques prix

Dollars au taux du 30 septembre 2026 (1 USD = 3,437 PEN). Tous les prix au Pérou.

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