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Voyager respectueusement au Pérou

Un échange réussi n’a pas besoin d’être spectaculaire. Il suffit souvent de demander avant de photographier, de savoir qui organise la visite et qui est payé, de regarder les animaux sans les toucher, et de choisir un objet dont on connaît la matière et l’auteur. Cette page donne des situations concrètes, et les règles qui existent déjà au Pérou.

Texte révisé le 7 octobre 2026

En bref

Demandez avant de photographier une personne, et acceptez un refus. Pour une visite communautaire, demandez qui organise, qui reçoit l’argent et qui décide du programme. Ne nourrissez ni ne touchez aucun animal sauvage, et ne payez pas pour une photo avec un paresseux ou un singe. N’achetez ni plumes, ni peaux, ni objets anciens. Sur un trek, demandez comment les porteurs sont équipés, assurés et chargés : la loi limite leur charge à 20 kg.

Photographier : trois situations

La règle tient en une phrase, que le DFAE rappelle aussi : on demande avant de photographier une personne, et un refus se respecte sans insister. Elle se décline différemment selon le lieu.

Situation Ce qui aide Ce qui gêne
Au marché Acheter d’abord, échanger quelques mots, puis demander « ¿Puedo tomar una foto? » ; photographier les étals plutôt que les visages Viser chaque commerçant au téléobjectif, bloquer un passage étroit, photographier quelqu’un qui mange ou compte son argent
Dans un atelier Demander à l’artisan ce qu’il accepte de montrer ; certaines étapes ou certains motifs sont son savoir-faire Filmer toute la technique pour la publier ; considérer qu’un achat donne droit à tout filmer
Chez l’habitant Demander à la famille ce qui peut être photographié, et ne rien publier où l’on reconnaît les enfants sans accord Photographier l’intérieur de la maison, la cuisine ou les chambres comme un décor

Les photos posées. À Cusco, des personnes en costume, souvent avec un lama ou un agneau, proposent de poser contre une petite somme. C’est un travail, pas une scène spontanée : convenez du montant avant, et payez ce qui est convenu.

Pendant une fête. Une célébration religieuse ou communautaire existe d’abord pour ceux qui la vivent. Ne bloquez pas un passage ou une procession pour refaire une prise, n’utilisez pas de flash dans une église, et demandez avant de photographier une personne de près. La présence d’un guide ne vaut pas permission générale de filmer. Voir fêtes et calendrier.

Danseuses et danseurs en costumes brodés tournoient sur une place pavée devant une église de pierre, une foule regarde
Illustration : danses en costumes sur une place, un jour de fête

Visites communautaires : qui organise, qui reçoit l’argent ?

Une visite « chez l’habitant » peut être organisée par la communauté elle-même, par une agence qui rémunère une famille, ou par un intermédiaire qui garde l’essentiel. Les trois existent ; la différence ne se voit pas sur une brochure. Avant de réserver, demandez :

  1. Qui organise la visite, et depuis quand elle existe ?
  2. Qui reçoit l’argent, et quelle part revient à la famille ou à la communauté ?
  3. Qui décide du programme : la communauté choisit-elle ce qu’elle montre, les horaires, le nombre de visiteurs ?
  4. Ce qui peut être photographié, et ce qui est attendu de vous (repas partagé, participation à un travail, cadeau).

Deux exemples sur le lac Titicaca. L’UNESCO a inscrit l’art textile de Taquile sur la liste du patrimoine culturel immatériel en 2008 ; elle note que l’économie de l’île repose sur les textiles et le tourisme, et que la demande a modifié les matériaux et les méthodes. Les habitants ont construit un modèle de tourisme contrôlé par la communauté (hébergement, repas, guides), après avoir perdu la main sur les excursions d’une journée organisées depuis le continent. À Amantaní, il n’y a pas d’hôtel : des familles reçoivent les voyageurs pour la nuit, en général par l’intermédiaire des guides et des agences. L’usage est d’apporter des produits de base (riz, huile, fruits) ou des fournitures scolaires plutôt que des sucreries.

Un exemple en Amazonie. Les Shipibo-Konibo, 34 152 personnes selon le recensement de 2017, vivent surtout le long de l’Ucayali, et aussi à Lima, dans le quartier de Cantagallo. Leurs motifs géométriques, le kené, tracés par les femmes, sont reconnus patrimoine culturel de la Nation depuis 2008. Une pièce achetée à la personne qui l’a brodée ou peinte ne raconte pas la même histoire qu’une copie imprimée.

Les peuples en isolement. Certains peuples d’Amazonie, comme les Mashco-Piro aux abords du parc de Manu, évitent tout contact. L’État péruvien interdit de les approcher, notamment parce qu’une maladie banale pour un visiteur peut leur être mortelle. Aucune excursion sérieuse ne propose de les « rencontrer » ; si on vous le propose, refusez.

Faune : observer, sans nourrir ni toucher

Lieu La règle
Îles Ballestas (Paracas) On les voit depuis le bateau, sans débarquer, avec un opérateur autorisé par le SERNANP
Îlots Palomino (Callao) Sortie avec un opérateur autorisé, droit d’entrée de S/ 11 en plus du bateau ; le SERNANP impose de rester à 30 mètres du bord des îles et limite l’observation à 20 minutes
Ponton d’El Ñuro (côte nord) Les tortues vertes viennent près des bateaux de pêche : on ne les touche pas et on ne les nourrit pas, même si d’autres le font
Baleines à bosse (Máncora, Los Órganos) Un bon opérateur garde ses distances et coupe le moteur près des animaux ; aucune observation n’est garantie
Amazonie (Iquitos, Puerto Maldonado) Un paresseux, un singe ou un perroquet proposé pour une photo a été capturé : ne payez pas, partez

Le SERFOR, autorité péruvienne de la faune sauvage, rappelle que le contact avec un animal sauvage hors de son milieu provoque un stress important, des blessures, parfois la mort, et transmet des maladies dans les deux sens. Un lieu qui propose de porter les animaux dans les bras n’est pas un refuge.

Pour signaler un animal capturé, vendu ou exhibé : plateforme Alerta SERFOR (appweb.serfor.gob.pe/alertaserfor) ou WhatsApp au 947 588 269.

Artisanat : la matière, la provenance, l’auteur

Trois questions suffisent devant un objet : en quoi est-il fait, d’où vient-il, qui l’a fabriqué ? Un vendeur qui connaît les réponses vend en général des pièces qu’il connaît.

  • La vigogne. Cet animal sauvage des hauts plateaux a failli disparaître dans les années 1960. Toutes les populations du Pérou figurent aujourd’hui à l’annexe II de la CITES ; la laine provient des chaccus, rabattages communautaires où les vigognes sont tondues puis relâchées. Une écharpe en vigogne coûte très cher : un prix bas signale une autre fibre. Pour la Suisse, l’OSAV n’exempte de permis qu’une courte liste de souvenirs protégés, où la vigogne ne figure pas : renseignez-vous avant d’acheter.
  • L’alpaga et le lama sont des animaux domestiques ; leur laine se vend librement. Avant d’acheter, voir alpaga ou pas : la composition avant le prix. Demandez la composition exacte : une étiquette « alpaga » peut désigner un mélange avec d’autres fibres.
  • La céramique de Chulucanas, près de Piura, est protégée par une appellation d’origine depuis 2006, la troisième du Pérou : tons noirs obtenus par fumage, décor en négatif, façonnage à la palette. La plupart des ateliers se trouvent à La Encantada.
  • Les textiles de Taquile : sur l’île, les hommes tricotent les bonnets (chullos), les femmes tissent les larges ceintures (chumpis) dont les motifs suivent le calendrier agricole.

Ce qu’il ne faut pas acheter. Les plumes, peaux, dents, griffes et carapaces d’animaux sauvages : le SERFOR les saisit comme produits du trafic, et le Code pénal punit ce trafic de trois à cinq ans de prison. Les objets anciens (céramiques, textiles, pièces « trouvées dans un champ ») : la loi 28296 interdit la sortie du pays de tout bien du patrimoine culturel, et leur exportation définitive est interdite sans exception. Une copie vendue comme telle ne pose pas de problème ; une « pièce authentique » proposée à un voyageur en pose toujours un.

Eau, déchets, fragilité : ce qui change selon la région

Région Ce qui est fragile Ce que vous pouvez faire
Côte désertique (Lima, Ica, Nazca) L’eau : la côte est un désert. À Huacachina, la lagune alimentée par la nappe a baissé avec le pompage agricole ; elle est remplie par pompage depuis 2015 Douches courtes, serviettes et draps réutilisés à l’hôtel
Hautes Andes (Cusco, Huaraz, Puno) Les glaciers reculent : le Pastoruri a perdu 22 % de sa surface en 30 à 35 ans ; les zones humides d’altitude se piétinent vite Rester sur les sentiers, ne pas couper les lacets, rapporter tous ses déchets d’un trek
Amazonie (Tambopata, Iquitos) Les déchets finissent dans les rivières ; les piles et les plastiques ne se traitent pas sur place Rapporter piles et emballages jusqu’à une grande ville, ou en Europe pour les piles
Sites et aires protégées Sentiers usés, déchets, graffitis La loi 30884 interdit sacs plastiques, pailles et barquettes en polystyrène dans les aires naturelles protégées, les sites du patrimoine mondial, les musées et sur les plages du littoral et de l’Amazonie

Le CDC recommande aux voyageurs d’éviter l’eau du robinet : une gourde filtrante évite d’acheter plusieurs bouteilles par jour. Voir santé.

Porteurs et guides : la qualité d’un trek commence là

Sur le Chemin de l’Inca et les grands treks, les porteurs portent tentes, cuisine et vivres. Depuis 2022, la loi 31614 fixe leurs conditions : jusqu’à 20 kg pour un homme et 15 kg pour une femme, sous le contrôle de l’inspection du travail. Elle interdit d’employer des porteurs de moins de 18 ans et met à la charge de l’employeur la nourriture, les vêtements, l’équipement de protection, un abri pour dormir et une assurance.

Sur le Chemin de l’Inca, le nombre de places compte aussi les équipes : environ 500 personnes, porteurs, cuisiniers et guides compris, dont environ 200 randonneurs. Soit environ trois personnes d’équipe pour deux randonneurs.

Avant de réserver, demandez à l’agence :

  • combien de porteurs accompagnent le groupe, et combien pèse le sac que vous leur confiez ;
  • où dorment et mangent les porteurs, et avec quel équipement ;
  • s’ils sont salariés et assurés, comme la loi l’exige ;
  • comment le pourboire est réparti, si vous en laissez un.

Une offre nettement moins chère que les autres économise souvent sur ces points. Voir Machu Picchu et Huaraz.

Des ressources plutôt que des slogans

« Tourisme responsable » ne veut rien dire tant qu’on ne sait pas qui fait quoi. Quelques sources pour vérifier :

  • le SERNANP publie, pour chaque aire protégée, les règles de visite et les opérateurs autorisés ;
  • la base de données des peuples autochtones du ministère de la Culture (BDPI) présente chaque peuple, sa langue et son territoire ;
  • la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO décrit les savoir-faire inscrits, comme le textile de Taquile ;
  • Alerta SERFOR reçoit les signalements de trafic d’animaux ;
  • l’OSAV indique ce qui peut entrer en Suisse parmi les souvenirs d’origine animale ou végétale.

Les pages rencontres et marchés décrivent des visites et des ateliers possibles.

Questions fréquentes

Faut-il payer pour photographier quelqu’un ?

Pas en règle générale : on demande, et un refus se respecte. À Cusco, des personnes en costume, parfois avec un lama ou un agneau, posent pour les photos contre une petite somme : c’est leur travail, convenez du montant avant de photographier.

Peut-on rapporter un vêtement en laine de vigogne en Suisse ?

La vigogne est protégée par la CITES. La laine commercialisée provient de tontes d’animaux vivants, relâchés ensuite. L’OSAV n’exempte de permis qu’une courte liste de souvenirs, où la vigogne ne figure pas : demandez le justificatif d’origine et renseignez-vous auprès de l’OSAV avant un achat coûteux.

Combien donner aux porteurs d’un trek ?

Le pourboire reste à votre discrétion. Remettez-le de préférence à chaque porteur, ou vérifiez avec le guide comment il sera partagé. Le plus important se décide avant : choisir une agence qui respecte la charge maximale, l’équipement et l’assurance que la loi impose.

Sources et dates

9 sources

Prix, horaires et règles changent : chaque information citée renvoie à sa source, avec sa date de consultation.

Chiffres et règles cités

  • S/ 11 : Droit d’entrée de la réserve (îles Cavinzas et îlots Palomino), en plus du bateau (Îlots Palomino, au large du Callao) (Tarif général, adulte) . Visite de 7 h à 14 h 30 avec un opérateur autorisé par SERNANP ; gilet obligatoire ; distance minimale de 30 m du bord des îles ; observation limitée à 20 minutes.
    Gestionnaire du lieu : SERNANP, Reserva Nacional SIIPG, islas Cavinzas e islotes Palomino (nouvel onglet) · consulté le 2 octobre 2026
  • plateforme Alerta SERFOR (appweb.serfor.gob.pe/alertaserfor) ou WhatsApp au 947 588 269 : Signaler un animal sauvage capturé, vendu ou exhibé (Pérou) . Le Code pénal prévoit de 3 à 5 ans de prison pour le trafic de faune sauvage, selon le même article.
    Presse ou revendeur : Infobae, le SERFOR alerte sur la faune sauvage pendant les carnavals (8 février 2026) (nouvel onglet) , publié le 8 février 2026 · consulté le 2 octobre 2026
  • jusqu’à 20 kg pour un homme et 15 kg pour une femme, sous le contrôle de l’inspection du travail : Charge maximale d’un porteur d’expédition touristique au Pérou (Pérou (Chemin de l’Inca, treks, expéditions)) . La loi 31614 abroge la loi 27607. Elle interdit d’employer des porteurs de moins de 18 ans et met à la charge de l’employeur repas, vêtements, équipement de protection, matériel pour dormir à l’abri, assurance accident et assurance vie, avec cinq jours de repos avant une nouvelle sortie.
    Source officielle : Congrès du Pérou, loi 31614, nouvelle loi du travailleur porteur (texte consolidé) (nouvel onglet) , publié le 11 novembre 2022 · consulté le 2 octobre 2026
  • environ 500 personnes, porteurs, cuisiniers et guides compris, dont environ 200 randonneurs : Nombre de personnes admises chaque jour sur le Chemin de l’Inca classique (Réseau des chemins incas de Machu Picchu) . Chiffre communiqué par les agences ; il peut changer d’une année à l’autre.
    Source ancienne : Wikipédia (anglais), Inca Trail to Machu Picchu (section Permits) (nouvel onglet) · consulté le 2 octobre 2026

Sources consultées

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