Aller au contenu

Préparer

El Niño au Pérou : comprendre le phénomène et ses effets

El Niño n’est ni une tempête ni une saison : c’est un réchauffement inhabituel de l’océan Pacifique, qui revient de façon irrégulière et modifie pendant plusieurs mois le climat de régions entières. Au Pérou, ses effets vont de pluies très fortes sur la côte nord à un manque de pluie dans le sud des Andes, selon l’épisode et la saison. Cette page explique le phénomène, la différence entre El Niño du Pacifique et Niño côtier, et ce que cela change pour un voyage.

Texte révisé le 12 octobre 2026
Embarcations de roseaux dressées sur une plage, avec des vagues et une jetée en arrière-plan
Illustration : caballitos de totora sur la plage de Huanchaco

En bref

El Niño est un réchauffement anormal de l’océan Pacifique tropical, qui revient en moyenne tous les deux à sept ans, sans calendrier régulier. Au Pérou, on suit deux régions de l’océan : le centre du Pacifique, celui dont parlent les agences internationales, et la mer au large de la côte nord, où la commission péruvienne ENFEN suit le « Niño côtier ». Un épisode marqué peut apporter des pluies intenses et des crues sur la côte nord, des huaicos dans les vallées, une mer et un air plus chauds sur toute la côte, et au contraire un déficit de pluie dans le sud des Andes. Aucun épisode ne ressemble exactement au précédent : pour un voyage, ce sont les bulletins officiels et l’état des routes la veille du trajet qui comptent.

Ce que l’on appelle El Niño

Un nom venu des marins du nord du Pérou

Le nom vient de la côte nord du Pérou. En 1892, dans le bulletin de la Société géographique de Lima, le capitaine de vaisseau Camilo Carrillo rapporte que les marins de Paita connaissent une corriente del Niño, un courant chaud ainsi nommé « sans doute parce qu’il se fait plus visible et palpable après la fête de Noël », celle de l’Enfant Jésus. L’année précédente, Luis Carranza avait décrit dans le même bulletin un courant chaud exceptionnel et les grandes inondations de 1891 sur la côte nord (IGP, 2017).

Au XXe siècle, les scientifiques ont relié ce réchauffement à de vastes variations de pression atmosphérique au-dessus du Pacifique tropical, puis compris qu’il s’agissait d’un même phénomène, fait d’échanges entre l’océan et l’atmosphère. On l’appelle aujourd’hui ENSO, ou ENOS en français : El Niño-Oscillation australe. Le nom d’El Niño a fini par désigner, à l’échelle internationale, le réchauffement du centre du Pacifique, et plus seulement la mer au large du Pérou. D’où une source de confusion qui explique une bonne partie de cette page.

Le Pacifique en temps normal

Le long de l’équateur, les alizés, des vents réguliers, soufflent d’est en ouest, de l’Amérique du Sud vers l’Asie. Ils poussent l’eau chaude de surface vers l’ouest : selon la NOAA, la surface de la mer est environ un demi-mètre plus haute en Indonésie qu’en Équateur, et l’eau y est environ 8 °C plus chaude que dans l’est du Pacifique (NOAA PMEL).

Sous la surface, la thermocline sépare l’eau chaude des couches profondes, froides. Elle est profonde à l’ouest et remonte près de l’Amérique du Sud. Le long des côtes du Pérou et de l’Équateur, que longe vers le nord le courant froid de Humboldt, de l’eau froide et riche en nutriments monte des profondeurs : c’est la remontée d’eau, ou upwelling. Elle nourrit le plancton, puis toute la chaîne alimentaire : selon l’IMARPE, l’Institut de la mer du Pérou, la mer péruvienne est la zone de remontée d’eau la plus importante du monde, et l’anchois péruvien (l’anchoveta) en est l’espèce clé.

Dans l’atmosphère, l’air chaud et humide monte au-dessus de l’ouest du Pacifique, où il forme nuages et pluies, circule vers l’est en altitude, puis redescend, sec et stable, au-dessus de l’est du Pacifique : c’est la circulation de Walker (NOAA Climate.gov). Avec la mer froide, cet air qui descend contribue à faire de la côte péruvienne un désert.

Pendant El Niño

Pendant un épisode d’El Niño, les alizés faiblissent au centre et à l’ouest du Pacifique, et l’eau chaude s’étale vers l’est. La thermocline s’aplatit : elle s’enfonce près de l’Amérique du Sud et remonte à l’ouest. La remontée d’eau continue, mais elle puise dans une eau plus chaude et moins riche : la production de plancton chute, avec des effets en chaîne jusqu’aux pêcheries. Les pluies suivent l’eau chaude vers l’est, avec des inondations au Pérou et des sécheresses en Indonésie et en Australie (NOAA PMEL).

L’océan et l’atmosphère s’entretiennent l’un l’autre : des alizés plus faibles laissent la mer se réchauffer, et une mer plus chaude affaiblit encore les alizés. C’est pourquoi un épisode, une fois lancé, peut durer des mois.

El Niño en coupe : conditions habituelles et pendant El NiñoDeux coupes du Pacifique équatorial, de l’Indonésie à gauche au Pérou à droite. En haut, les conditions habituelles : les alizés soufflent vers l’ouest, l’eau chaude s’accumule à l’ouest sous les nuages et les pluies, la limite entre eau chaude et eau froide remonte près du Pérou, où l’eau froide remonte vers la surface. En bas, pendant El Niño : les alizés faiblissent, l’eau chaude s’étale vers l’est, cette limite s’aplatit, la remontée d’eau froide devient moins efficace et les pluies se déplacent vers le centre et l’est du Pacifique, tandis que l’air descend et assèche l’ouest.Conditions habituellesNuages et pluiesAir sec12Eau chaudeEau froide3IndonésiePérouPendant El NiñoNuages et pluiesAir sec12Eau chaudeEau froide3IndonésiePérou
  1. Alizés : vents qui soufflent d’est en ouest au ras de l’océan. Pendant El Niño, ils faiblissent.
  2. Remontée d’eau froide le long des côtes du Pérou, riche en nutriments. Pendant El Niño, l’eau qui remonte est plus chaude et moins riche.
  3. Thermocline (ligne pointillée) : la limite entre l’eau chaude de surface et l’eau froide profonde. Inclinée d’habitude, elle s’aplatit pendant El Niño.
Illustration : schéma simplifié du Pacifique équatorial en coupe, de l’Indonésie au Pérou, en conditions habituelles puis pendant El Niño (proportions non respectées).

El Niño, La Niña et années neutres

L’ENSO a trois états, selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM). El Niño est sa phase chaude : des eaux de surface anormalement chaudes au centre et à l’est du Pacifique tropical. La Niña est sa phase froide : des alizés plus forts que d’habitude et des eaux plus froides dans ces mêmes régions. Entre les deux, les conditions neutres sont simplement celles décrites plus haut. La Niña suit parfois El Niño, mais pas toujours (NOAA PMEL).

Il n’y a pas de calendrier régulier. Selon la NOAA, El Niño revient en moyenne tous les deux à sept ans, et un épisode dure en général neuf à douze mois ; l’OMM précise qu’un épisode d’El Niño peut durer jusqu’à dix-huit mois, et un épisode de La Niña jusqu’à trois ans. La chronologie officielle de l’ENFEN, la commission péruvienne chargée du suivi d’El Niño, compte 25 Niños côtiers entre 1950 et 2024, d’une durée de trois à dix-sept mois (ENFEN, 2024). Un épisode peut commencer à presque n’importe quel moment de l’année, mais ses effets les plus forts sur les pluies de la côte nord se produisent en été austral, de février à avril, quand la mer est en moyenne la plus chaude.

El Niño du Pacifique et Niño côtier

C’est la distinction la plus utile pour comprendre ce que l’on lit dans la presse ou les bulletins.

Deux régions de l’océan

Pour suivre le phénomène, les services météorologiques et océanographiques mesurent la température de la mer dans des régions délimitées de l’océan. Deux comptent pour le Pérou :

  • la région Niño 3.4, au centre du Pacifique équatorial, entre 5° nord et 5° sud, et entre 170° et 120° ouest. C’est elle que suivent la NOAA américaine, l’OMM et la plupart des pays, parce que sa température est la plus liée aux variations de l’atmosphère à l’échelle du globe ;
  • la région Niño 1+2, au large de l’Équateur et du nord du Pérou, entre l’équateur et 10° sud, et entre 90° et 80° ouest. C’est elle qui renseigne le mieux sur la chaleur de la mer le long de la côte péruvienne.
Les régions Niño 3.4 et Niño 1+2 dans le Pacifique tropicalCarte simplifiée du Pacifique tropical, de l’Indonésie et de l’Australie à l’ouest jusqu’à l’Amérique du Sud à l’est. Un grand rectangle, la région Niño 3.4, s’étend de part et d’autre de l’équateur au milieu de l’océan, entre 170 et 120 degrés de longitude ouest. Un petit rectangle, la région Niño 1+2, touche la côte de l’Équateur et du nord du Pérou, entre l’équateur et 10 degrés de latitude sud.Niño 3.4Pacifique centralNiño 1+2Côte péruvienneÉquateur (0°)PérouIndonésieAustralieOcéan Pacifique
Illustration : schéma simplifié des deux régions de l’océan suivies pour El Niño : Niño 3.4 au centre du Pacifique, Niño 1+2 au large du nord du Pérou (fond de carte Natural Earth ; ce n’est pas une carte d’exposition).

Deux phénomènes liés, mais pas identiques

Les deux régions se réchauffent souvent ensemble, mais pas toujours. Pour éviter les malentendus, l’ENFEN a introduit en 2012 deux notions distinctes : El Niño côtier (El Niño costero), quand la mer se réchauffe au large de la côte péruvienne, et El Niño du Pacifique central, quand c’est le centre de l’océan qui se réchauffe ; avec leurs équivalents froids, La Niña côtière et La Niña du Pacifique central.

Les épisodes récents montrent que les combinaisons varient (IGP, 2017) :

  • en 1997-1998, les deux régions se sont fortement réchauffées : c’était à la fois un Niño côtier et un El Niño du Pacifique central ;
  • en 2015-2016, le centre du Pacifique a connu l’un des épisodes les plus chauds jamais mesurés, mais il a beaucoup moins plu sur la côte nord qu’en 1997-1998 : selon l’IGP, les effets à distance du réchauffement central, qui tendent à réduire les pluies au Pérou, l’ont emporté sur le réchauffement de la côte ;
  • en 1925 et en 2017, la mer s’est réchauffée brusquement au large du Pérou alors que le centre du Pacifique était froid ou neutre : deux Niños côtiers, avec de très fortes pluies sur la côte.

Le réchauffement du centre du Pacifique compte aussi pour le Pérou. Selon l’IGP, El Niño du Pacifique central peut provoquer des sécheresses dans les Andes : c’est l’une de ses « téléconnexions », ces effets à distance qui passent par l’atmosphère.

Les indices et les mots des bulletins

Chaque région a son indice, une moyenne sur trois mois de l’écart de température de la mer par rapport à la normale.

Région Niño 3.4 Région Niño 1+2
Où Centre du Pacifique équatorial Au large de l’Équateur et du nord du Pérou
Qui la suit NOAA (États-Unis), OMM et la plupart des services ENFEN (Pérou)
Indice RONI, depuis le 1er février 2026 ; auparavant ONI ICEN, l’indice côtier El Niño, méthode mise à jour en décembre 2024
Seuil d’un épisode chaud Au moins +0,5 °C pendant cinq trimestres glissants consécutifs, avec une réponse de l’atmosphère Plus de +0,5 °C pendant au moins trois mois consécutifs
Ce qu’il éclaire surtout Les effets à l’échelle du globe, y compris des déficits de pluie possibles dans les Andes La chaleur de la mer au Pérou et le risque de pluies sur la côte nord

Le RONI, l’indice relatif de la NOAA, retranche à l’écart de température de la région Niño 3.4 l’écart moyen de l’ensemble des mers tropicales (NOAA CPC). La NOAA explique ce choix ainsi : la température des océans tropicaux évolue, si bien qu’une moyenne de référence sur trente ans prend du retard ; or les effets d’El Niño dépendent de l’écart entre le centre-est du Pacifique et le reste des tropiques. Les seuils, eux, ne changent pas. L’ICEN, de son côté, a été recalculé par l’ENFEN avec des périodes de référence glissantes, mises à jour tous les cinq ans, en raison des changements du climat mondial.

Les mots d’intensité ne se mélangent pas d’un système à l’autre. Pour l’ENFEN, un Niño côtier est faible, modéré, fort ou extraordinaire selon le maximum atteint par l’ICEN (au-delà de +0,5, +1,3, +2,1 et +3,5 °C) ; la NOAA parle d’El Niño faible, modéré, fort ou très fort selon ses propres seuils. Un « Niño côtier fort » et un « El Niño fort » de la NOAA ne décrivent donc pas la même chose.

Enfin, l’ENFEN publie dans chacun de ses communiqués officiels l’état de son système d’alerte : « non actif », « vigilance » quand un épisode devient probable à plus de 50 % dans les mois suivants, ou « alerte » quand il est imminent, en cours ou appelé à se poursuivre (ENFEN, 2026). La commission rassemble l’IMARPE, qui la préside, le service météorologique SENAMHI, la Marine (DHN), l’Institut géophysique du Pérou (IGP), l’Autorité nationale de l’eau (ANA), l’INDECI et le CENEPRED, l’organisme de prévention des risques de catastrophes.

Comment les effets varient au Pérou

Saison des pluies, anomalie, événement local

Trois choses se mélangent souvent. La saison des pluies habituelle revient chaque année : dans les Andes, de décembre à mars, avec ses glissements de terrain ordinaires (voir quand partir). Une anomalie climatique comme El Niño modifie pendant plusieurs mois les chances que la saison soit plus ou moins pluvieuse, plus ou moins chaude, selon les régions. Un événement local, enfin, est un orage, une crue ou un huaico, un jour donné, à un endroit donné. El Niño change les probabilités ; il ne dit pas le temps qu’il fera tel jour à tel endroit.

Région par région

Selon l’ENFEN, El Niño peut déclencher des pluies intenses dans des zones arides comme la côte péruvienne ou, au contraire, provoquer un déficit dans la sierra et la forêt amazonienne pendant l’été austral. Les effets ci-dessous sont possibles, pas automatiques : ils dépendent de l’intensité de l’épisode, de la région de l’océan qui se réchauffe et de la saison.

Région Effets possibles d’un épisode marqué Ce qu’il faut savoir
Côte nord (Tumbes, Piura, Lambayeque, La Libertad) Mer et air plus chauds ; fortes pluies en été ; crues des rivières (Tumbes, Chira, Piura, La Leche, Jequetepeque) C’est la région la plus exposée aux pluies d’un Niño côtier, d’ordinaire très sèche
Lima et côte centrale Mer et air plus chauds, humidité ; averses possibles ; huaicos dans les vallées qui descendent des Andes Les huaicos viennent surtout des pluies en amont, pas de la ville
Côte sud (Ica, Paracas, Nazca) Mer plus chaude, espèces marines de mers chaudes plus au sud qu’à l’ordinaire ; pluies et crues possibles lors d’épisodes extrêmes Ica a été inondée en 1998
Andes du sud (Cusco, Puno, Arequipa) Tendance à des pluies inférieures à la normale, voire à la sécheresse La saison des pluies habituelle continue
Andes du centre et du nord Selon l’épisode : plus de pluies possibles sur le versant ouest du nord ; gelées moins intenses Les effets sont très variables d’un épisode à l’autre
Amazonie Pluies et débits des fleuves plutôt normaux à inférieurs Effets variables et moins documentés pour le voyageur

Sources : ENFEN (communiqué 17-2026 et note technique 01-2024), IGP (2017), synthèse de l’agence Andina pour les épisodes passés.

Les températures. Un épisode chaud réchauffe la mer et, avec elle, l’air de toute la côte : les journées et les nuits y sont plus chaudes et plus humides qu’à l’ordinaire.

Les huaicos et les bassins versants

Un huaico est une coulée de boue et de pierres qui dévale une ravine (une quebrada) après de fortes pluies, en arrachant les sédiments sur son passage. À Arequipa, au pied des volcans, l’IGP préfère parler de lahar, parce que la coulée charrie des dépôts volcaniques, plus denses ; en février 2026, des lahars descendus du Misti et du Chachani ont touché une dizaine de districts de la ville (IGP).

Ce qui compte, c’est le bassin versant : l’ensemble des pentes dont les eaux descendent vers une même rivière. Une pluie forte tombée à 3 000 mètres d’altitude peut faire déborder une rivière ou déclencher un huaico des dizaines de kilomètres plus bas, sous un ciel sec. C’est ce qui se passe dans les vallées de l’est de Lima, comme celle du Rímac à Chosica et Chaclacayo ou la quebrada Huaycoloro, touchées notamment en 1998. Le ciel au-dessus du centre-ville ne dit donc pas grand-chose du danger dans une vallée ou au bord d’un lit de rivière, même à sec.

Les huaicos ne sont pas propres à El Niño : la saison des pluies en provoque chaque année dans les Andes. Un épisode marqué peut les rendre plus fréquents dans des régions où ils sont d’ordinaire rares, comme la côte.

Pourquoi tous les épisodes ne se ressemblent pas

Les grands épisodes ont marqué les mémoires, mais ils ne sont pas la règle : sur les 25 Niños côtiers recensés par l’ENFEN de 1950 à 2024, onze ont été faibles, sept modérés, cinq forts, et deux seulement extraordinaires, en 1982-1983 et en 1997-1998.

Épisode Centre du Pacifique (RONI, maximum) Côte péruvienne (ENFEN) Ce qui s’est passé au Pérou
1982-1983 +2,4 °C Extraordinaire, de juillet 1982 à novembre 1983 Pluies torrentielles et inondations sur la côte nord et centrale, routes, ponts et canaux d’irrigation détruits ; sécheresse dans le sud
1997-1998 +2,3 °C Extraordinaire, d’avril 1997 à août 1998 Inondations et dégâts majeurs à Piura, Tumbes, Ica, Chiclayo, Trujillo et Chimbote ; huaicos dans les vallées de l’est de Lima
2015-2016 +2,3 °C Fort, d’avril 2015 à mai 2016 L’un des épisodes les plus chauds du Pacifique central, mais beaucoup moins de pluie que 1997-1998 sur la côte nord
2017 Pas d’El Niño : centre du Pacifique froid puis neutre Modéré, de janvier à avril 2017 Réchauffement brutal de la mer le long de la côte, pluies intenses de Tumbes à Ica, inondations et huaicos pendant plusieurs mois
2023-2024 +1,4 °C Fort, de mars 2023 à février 2024 Première saison de pêche à l’anchois du nord-centre non ouverte en 2023, faute de poissons adultes

Valeurs RONI de la NOAA consultées le 12 octobre 2026 (elles peuvent être révisées) ; périodes et magnitudes côtières : chronologie de l’ENFEN (note technique 01-2024) ; effets : IGP, IMARPE, PRODUCE et synthèse de l’agence Andina.

Le cas de 2017 dit l’essentiel. Classé seulement « modéré » par l’indice côtier, sans El Niño au centre du Pacifique, il est pourtant, par ses pluies et ses inondations, le troisième épisode le plus intense depuis au moins cent ans au Pérou selon le SENAMHI, qui le rapproche du Niño côtier de 1925. Selon les autorités de l’époque, citées par l’agence Andina, les inondations ont fait 162 morts et touché près d’un million et demi de personnes. À l’inverse, l’épisode de 2015-2016, très fort au centre du Pacifique, a eu sur les pluies de la côte nord des effets bien moindres que celui de 1997-1998.

L’intensité d’un indice océanique et l’importance des conséquences sont deux choses différentes. La NOAA le dit elle-même : la force d’un épisode ne correspond pas nécessairement à la force de ses effets ; elle rend certains effets plus probables, sans jamais les garantir (NOAA CPC). Au Pérou, ces conséquences dépendent aussi de la saison où la mer côtière se réchauffe le plus, et de l’occupation des pentes et des lits de quebradas, que l’IGP cite parmi les causes des dégâts des lahars d’Arequipa en 2026.

Les effets sur la vie quotidienne

La pêche et l’anchois

L’anchois péruvien vit dans des eaux froides, entre 14 et 18 °C. Quand la mer se réchauffe, ses bancs se replient vers la côte et, lors des épisodes intenses, se déplacent vers le sud. Pendant les épisodes extraordinaires de 1982-1983 et 1997-1998, l’anchois s’est concentré tout près du rivage et vers le centre et le sud du pays ; en 2017, l’épisode côtier, bref et limité au nord, a laissé l’anchois plus largement réparti, et la pêche n’a pas été très touchée (IMARPE, 2019).

En juin 2023, sur avis de l’IMARPE, le ministère de la Production (PRODUCE) n’a pas ouvert la première saison de pêche à l’anchois dans le nord et le centre du pays : les pêches exploratoires trouvaient 86,3 % de juvéniles. Pêcher à ce moment, disait le ministre, aurait épuisé la ressource (El Peruano).

Les effets varient pourtant selon les activités. Quand l’anchois se fait rare, des espèces de mers chaudes s’approchent : bonite, thon albacore, listao, coryphène (le « perico »). Lors de l’épisode de 2026, l’ENFEN annonçait leur arrivée près des côtes, et PRODUCE prévoyait des mesures pour permettre aux pêcheurs d’exploiter ces « ressources d’opportunité ».

Les écosystèmes et l’agriculture

Dans la mer, la baisse du plancton se répercute sur toute la chaîne alimentaire (NOAA PMEL). Sur terre, les effets se partagent : selon la synthèse de l’agence Andina, les pluies font reverdir les forêts sèches de la côte nord, apparaître des pâturages temporaires et se recharger les nappes d’eau ; la chaleur favorise le riz de la côte mais peut réduire d’autres récoltes, comme la pomme de terre, et les crues détruisent canaux et prises d’eau.

L’eau, les routes et les services

Selon les régions, El Niño peut apporter trop d’eau ou pas assez, parfois les deux dans le même pays au même moment : en octobre 2026, le ministère de la Santé a placé ses établissements en alerte face à ces deux risques à la fois, les pluies intenses et le manque d’eau. Lors des grands épisodes, les routes et les ponts ont payé un lourd tribut : en 1997-1998, les dégâts aux transports représentaient le deuxième poste de pertes après les secteurs productifs, selon la synthèse de l’agence Andina.

La santé

La chaleur et l’eau stagnante favorisent le moustique Aedes aegypti, qui transmet la dengue, et les grands épisodes passés ont été suivis d’une hausse de plusieurs maladies infectieuses. Le ministère de la Santé publie des alertes quand la situation l’exige. Pour un voyageur, la protection ne change pas : répulsif et vêtements couvrants, le jour comme le soir, surtout sur la côte nord et en Amazonie (voir moustiques).

Ce que cela change pour un voyage

Il n’existe pas de règle générale : ni « annulez tout », ni « rien ne change ». Ce qui compte, c’est votre itinéraire, la saison et ce que disent les bulletins au moment de partir.

Faut-il modifier son itinéraire ?

En règle générale, non, mais certaines étapes demandent plus d’attention pendant un épisode marqué, surtout en été austral :

  • la côte nord, de Tumbes à Trujillo, et ses plages, où les pluies, les crues et les routes coupées sont les plus probables ;
  • les routes qui montent de la côte vers les Andes et les vallées sujettes aux huaicos, comme la route centrale à l’est de Lima ;
  • les trajets longs par la route d’une région à l’autre, plus exposés aux coupures qu’un vol intérieur.

À l’inverse, El Niño tend plutôt à réduire les pluies dans le sud des Andes ; à Cusco et sur la route de Machu Picchu, ce sont surtout les contraintes ordinaires de la saison des pluies qui comptent.

Quoi vérifier avant un trajet

  • Les avis météorologiques du SENAMHI pour les régions traversées, du jaune au rouge selon le niveau de danger (SENAMHI) ;
  • l’état des routes : la carte des alertes de la SUTRAN (alertasviales.sutran.gob.pe) et les cartes du réseau national de Provías Nacional ;
  • les rapports d’urgence de l’INDECI pour la région ;
  • l’avis du transporteur (compagnie de bus, train, compagnie aérienne), de l’hébergement ou de l’agence, qui connaissent l’état de la route la veille ;
  • les conseils aux voyageurs de votre pays, pour la Suisse ceux du DFAE.

Lima, la côte nord, les Andes : trois situations

À Lima, la vie quotidienne continue. Attendez-vous à plus de chaleur et d’humidité, et parfois à une averse. Évitez les lits de rivière et le fond des quebradas après de fortes pluies en amont, et renseignez-vous avant de prendre la route centrale vers les Andes.

Sur la côte nord, un séjour reste possible, mais il demande plus de souplesse pendant un épisode marqué : demandez à l’hébergement comment se passent l’accès et l’approvisionnement en cas de fortes pluies, et préférez des réservations modifiables. La côte nord est aussi la région où la mer se réchauffe le plus.

Dans les Andes, les routes de montagne et les sentiers peuvent être coupés par des glissements de terrain pendant la saison des pluies, avec ou sans El Niño. Une agence sérieuse adapte un trek ou une excursion à l’état du terrain.

Garder une marge raisonnable

  • Une journée de marge avant un vol international ou une correspondance importante.
  • Des réservations modifiables pour les étapes les plus exposées.
  • Une activité de repli pour chaque journée de plein air, comme le propose la page quand partir.
  • Une assurance qui couvre l’interruption de voyage, à vérifier avant le départ.

El Niño et changement climatique

Deux phénomènes se superposent sans se confondre. El Niño relève de la variabilité naturelle du climat : il est décrit sur la côte péruvienne depuis au moins le XIXe siècle, bien avant le réchauffement actuel. Le réchauffement de fond est l’élévation progressive des températures moyennes due aux activités humaines.

Ce qui est observé. Selon le GIEC, l’influence humaine n’a pas modifié les grands modes de variabilité tropicale, dont l’ENSO, au-delà de leurs variations naturelles (confiance élevée). L’OMM indique de même qu’aucun élément ne montre que le changement climatique augmente la fréquence ou l’intensité des épisodes d’El Niño, mais qu’il peut amplifier leurs effets, parce que l’atmosphère dispose de plus d’énergie et d’humidité. Elle rappelle aussi que l’année 2024 a été la plus chaude jamais enregistrée, sous l’effet combiné de l’épisode de 2023-2024 et du réchauffement de fond.

Ce qui est projeté. Pour le GIEC, il est pratiquement certain que l’ENSO restera le principal mode de variabilité d’une année à l’autre dans un monde plus chaud. Les modèles ne s’accordent pas sur une évolution de l’amplitude des variations de température de la mer liées à El Niño (confiance moyenne). En revanche, il est très probable que la variabilité des pluies liée à l’ENSO augmente nettement dans la seconde moitié du siècle dans les scénarios d’émissions moyens et élevés (GIEC, résumé technique).

Ce qui reste incertain. Les projections portent surtout sur El Niño du Pacifique central. Le Niño côtier, plus local et plus rapide, a été beaucoup moins étudié, ce qui rend sa prévision plus difficile, soulignait l’IGP en 2017. Le réchauffement de fond pose aussi un problème de mesure : la NOAA est passée à un indice relatif parce que la température moyenne des océans tropicaux évolue, et l’ENFEN a revu le calcul de l’ICEN en invoquant les changements du climat mondial.

Pour le Pérou, la conséquence pratique est simple à formuler : les épisodes d’El Niño se produisent désormais sur un océan et une atmosphère plus chauds qu’autrefois, ce qui peut en amplifier certains effets, comme la chaleur, sans que l’on puisse attribuer un épisode donné au seul réchauffement.

Prévisions, bulletins et informations actuelles

Ce qu’une prévision saisonnière peut dire, et ce qu’elle ne peut pas dire

Une prévision saisonnière donne des probabilités pour les mois à venir et pour de grandes régions : une saison plus pluvieuse ou plus chaude que la normale sur la côte nord, par exemple. Elle ne dit pas s’il pleuvra à Piura le 15 février, ni si une route sera coupée tel jour. L’ENFEN précise que ses états d’alerte reposent sur des prévisions probabilistes, avec une part d’incertitude, et qu’ils sont mis à jour au fil des observations.

Trois informations à ne pas confondre

Information Qui la publie À quoi elle sert Quand la consulter
L’état de l’océan et les probabilités pour les mois à venir ENFEN, environ deux fois par mois en 2026 ; NOAA, chaque mois Comprendre la tendance de la saison En préparant le voyage
La prévision saisonnière des pluies et des températures SENAMHI Savoir quelles régions pourraient être plus ou moins arrosées que la normale Quelques semaines avant
L’avis météorologique SENAMHI, niveaux jaune, orange et rouge Savoir si de fortes pluies sont attendues dans les jours qui viennent La veille et le jour du trajet

Un état observé, une probabilité d’évolution et un avis local n’ont donc ni la même échelle ni le même usage.

Questions fréquentes

Pleut-il à Lima pendant El Niño ?

Rarement, mais c’est possible : Lima reste un désert côtier, où il ne pleut presque pas en temps normal. Pendant un épisode marqué, la mer et l’air sont plus chauds et plus humides, et des averses peuvent tomber sur la côte centrale. Le principal effet pour la région de Lima vient souvent de plus haut : les pluies sur les Andes gonflent les rivières et déclenchent des huaicos dans les vallées de l’est de l’agglomération.

Faut-il éviter Cusco et Machu Picchu pendant El Niño ?

Pas par principe. El Niño tend plutôt à réduire les pluies dans le sud des Andes, même si ce n’est jamais garanti. La saison des pluies habituelle, de décembre à mars, reste la même, avec ses perturbations ordinaires sur les routes et la voie ferrée. Vérifiez les avis de l’opérateur ferroviaire avant les journées importantes.

Combien de temps dure un épisode ?

Selon la NOAA, un épisode d’El Niño dure en général neuf à douze mois ; l’Organisation météorologique mondiale indique qu’il peut durer jusqu’à dix-huit mois. Au Pérou, les Niños côtiers recensés par l’ENFEN depuis 1950 ont duré de trois à dix-sept mois.

Pourquoi les bulletins péruviens et américains ne disent-ils pas toujours la même chose ?

Parce qu’ils ne regardent pas la même mer. La NOAA suit la région Niño 3.4, au centre du Pacifique ; l’ENFEN suit aussi la région Niño 1+2, au large du nord du Pérou. Les deux peuvent se réchauffer ensemble, comme en 1997-1998, ou séparément, comme en 2017. Pour ce qui se passe sur la côte péruvienne, les communiqués de l’ENFEN font référence.

La dengue augmente-t-elle pendant El Niño ?

La chaleur et les pluies favorisent le moustique qui la transmet, et les épisodes passés ont été suivis d’une hausse de plusieurs maladies. Le ministère de la Santé publie des alertes quand c’est le cas. Pour un voyageur, la protection reste la même : se protéger des piqûres le jour, surtout sur la côte nord et en Amazonie. Voir la page santé.

Sources et dates

27 sources

Prix, horaires et règles changent : chaque information citée renvoie à sa source, avec sa date de consultation.

Sources consultées

Comment nous choisissons et datons nos informations : notre méthode. Une information a changé ? Signalez-la.

Pour continuer

Rechercher dans le guide

    Écrire à SwissLima sur WhatsApp (nouvel onglet)