En bref
Au Pérou, la feuille de coca est légale, vendue sous contrôle de l’État, mâchée et offerte dans les Andes depuis des millénaires, et bue en infusion par tout le monde. Sur place, on vous la conseillera presque partout contre le soroche, le mal d’altitude : beaucoup de Péruviens et de voyageurs disent qu’elle aide. Prenez-la comme une aide de tradition, pas comme un médicament. Deux précautions : elle peut rendre positif un test de dépistage de la cocaïne, et l’importation de produits à base de coca est interdite en Suisse : feuilles, sachets d’infusion et bonbons restent au Pérou.
La feuille n’est pas la cocaïne
La coca est un arbuste cultivé sur les versants humides de l’est des Andes et en Amazonie. Ses feuilles contiennent des alcaloïdes, dont la cocaïne, en faible proportion : selon les variétés étudiées, de 0,25 à 0,77 % en moyenne. La cocaïne s’obtient par extraction chimique à partir de grandes quantités de feuilles. Mâcher une feuille ou boire une infusion n’a rien de comparable à cette drogue.
Au Pérou, la feuille est légale. Son commerce légal relève d’une entreprise d’État créée en 1949, l’ENACO, qui détient le monopole de la commercialisation et s’appuie sur un registre de producteurs autorisés. La cocaïne, elle, est sévèrement punie : le DFAE rappelle que même de petites quantités de drogue mènent à de lourdes peines de prison.
Dans le droit international, la feuille figure, avec la cocaïne, au tableau I de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961. Le Pérou et la Bolivie défendent depuis longtemps l’usage traditionnel ; en 1988, ils ont obtenu qu’une autre convention de l’ONU tienne compte des usages traditionnels licites. Où en est-on : maintenue au tableau I de la Convention unique de 1961 : l’OMS l’a recommandé en décembre 2025, et la Commission des stupéfiants l’a confirmé sans vote en mars 2026.
Une pratique sociale, rituelle, et différente selon les lieux
Mâcher la coca. On l’appelle chacchado, acullico ou, en quechua de Cusco, hallpay. On garde une petite boule de feuilles entre la joue et la mâchoire, que l’on mâche lentement, avec une pincée de substance alcaline : de la chaux, ou de la llipta, cendres de quinoa ou d’autres plantes pressées en petites barres. Des traces de cette pratique, feuilles et chaux, datent de plus de 8 000 ans dans la vallée de Nanchoc, au nord du Pérou ; des céramiques moche la représentent. Sous les Incas, la coca était réservée à la noblesse et à quelques fonctions ; à l’époque coloniale, elle a accompagné le travail des mines. Aujourd’hui, des chauffeurs de longue distance, des ouvriers du bâtiment, des mineurs ou des étudiants en période d’examens la mâchent, pour mieux supporter la fatigue, le froid ou l’altitude.
Offrir avant de prendre. Avant de porter les feuilles à la bouche, il est d’usage de choisir quelques belles feuilles, le k’intu, et de souffler dessus une courte prière, le pukuy, adressée aux montagnes (les apus) ou à la terre (la Pachamama). Le nombre de feuilles varie : trois chez les Aymaras de Chucuito, près de Puno, et chez les Q’eros de Paucartambo, quatre ou cinq dans une cérémonie décrite à Huancavelica. La coca fait aussi partie des offrandes plus complètes, et des pèlerinages comme celui de Qoyllur Rit’i.
Lire les feuilles. Dans les communautés quechuas et aymaras, on lance des feuilles sur une petite étoffe pour poser une question : un animal perdu, un voyage, une maladie. Une personne spécialisée, le qhawaq à Cusco ou le qatipaq à Ayacucho, interprète la position, la couleur et la face des feuilles. Dans l’Áncash, la katipa associe la coca mâchée au tabac ; chez les Yánesha d’Amazonie centrale, la divination passe par une veille nocturne.
Accepter ou refuser. Si l’on vous en propose, vous pouvez goûter ou refuser poliment, d’un simple « gracias » : personne n’attend d’un visiteur qu’il pratique ces gestes.
Ce sont des pratiques vivantes, avec leurs règles et leurs spécialistes. Une démonstration pour touristes n’en donne qu’une image ; une explication par quelqu’un qui les pratique en dit davantage. Voir voyager respectueusement.
Feuille, infusion, produits transformés
| Forme | Ce que c’est | Où on la trouve |
|---|---|---|
| Feuilles sèches | Feuilles entières, à mâcher ou à infuser | Marchés andins, sachets de l’ENACO et d’autres marques |
| Mate de coca en sachet | Infusion d’environ un gramme de feuilles ; une tasse contient environ 4 mg d’alcaloïdes | Supermarchés, hôtels, restaurants, partout au Pérou |
| Infusion de feuilles entières | Feuilles fraîches ou sèches dans une théière | Accueil de nombreux hôtels à Cusco et dans les Andes |
| Bonbons, farine, liqueurs, cosmétiques | Produits transformés, à la teneur variable | Boutiques de souvenirs |
| Cocaïne | Drogue extraite chimiquement, illégale au Pérou comme ailleurs | Aucune place dans un voyage : peines de prison lourdes |
Ce tableau décrit ce que l’on rencontre sur place. Si vous êtes enceinte, suivez un traitement ou avez un problème cardiaque, demandez conseil à un médecin avant de boire une préparation dont vous ne connaissez pas la composition.
Contre l’altitude : ce qu’on vous dira sur place
- À Cusco, on vous en proposera partout : des feuilles ou des sachets de mate à l’accueil de nombreux hôtels, une tasse au restaurant, des feuilles au marché. Les guides, les chauffeurs et les habitants la conseillent contre le soroche, le mal d’altitude.
- Ce que les gens en disent : une tasse de mate ou quelques feuilles mâchées aideraient à mieux respirer, à moins sentir le mal de tête et la fatigue, et à digérer après le repas. Beaucoup de voyageurs disent s’être sentis mieux ; d’autres ne remarquent pas grand-chose.
- Avec précaution : c’est une aide de tradition, pas un médicament. Elle ne remplace ni deux premières journées tranquilles, ni une descente si un malaise s’aggrave. Voir l’altitude.
- Les tests de dépistage : la coca peut rendre positif un test des métabolites de la cocaïne, parfois après une seule tasse.
À ne pas confondre. Les cérémonies avec des boissons hallucinogènes, comme l’ayahuasca, n’ont rien à voir avec la coca. Le DFAE déconseille d’y participer, en raison de graves risques pour la santé.
Frontières : rien ne repart dans la valise
Le DFAE est clair : interdite, comme dans nombre d’autres pays. Cela concerne les feuilles, les sachets de mate, les bonbons et la farine, même achetés légalement au Pérou. Hors d’Amérique du Sud, la plupart des pays ne distinguent pas la feuille de la cocaïne ; en Amérique du Sud même, le Brésil et le Paraguay l’interdisent. Vérifiez aussi les règles des pays où vous faites escale.
Buvez une infusion sur place si vous le souhaitez, et partez sans. Voir frontières et documents.
Questions fréquentes
Le mate de coca aide-t-il contre le mal d’altitude ?
Sur place, presque tout le monde vous dira que oui : beaucoup d’hôtels de Cusco en servent à l’arrivée, et de nombreux voyageurs disent se sentir mieux après une tasse ou quelques feuilles mâchées. Prenez-le avec prudence, comme une aide de tradition : ce qui compte reste de monter progressivement, et de redescendre et consulter si un malaise s’aggrave.
Une tasse de mate de coca peut-elle rendre un test antidrogue positif ?
Oui, c’est possible : la feuille contient de faibles quantités d’alcaloïdes, dont la cocaïne, et un test peut les détecter. Si vous êtes soumis à des contrôles, sportifs ou professionnels, abstenez-vous.
Peut-on rapporter des sachets de mate de coca en Suisse ?
Non. Le DFAE rappelle que l’importation de produits à base de coca est interdite en Suisse, et dans nombre d’autres pays. Cela vaut pour les feuilles, les infusions en sachets, les bonbons et la farine.
Sources et dates
5 sources
Prix, horaires et règles changent : chaque information citée renvoie à sa source, avec sa date de consultation.
Chiffres et règles cités
- maintenue au tableau I de la Convention unique de 1961 : l’OMS l’a recommandé en décembre 2025, et la Commission des stupéfiants l’a confirmé sans vote en mars 2026 : Statut international de la feuille de coca (Nations unies) . L’OMS estime que la mastication traditionnelle et l’infusion ne posent pas de risque majeur de santé publique, avec peu de données sur le long terme ; les exemptions nationales pour l’usage traditionnel ne changent pas.
Gestionnaire du lieu : OMS, le comité d’experts conclut l’examen de la feuille de coca (10 décembre 2025) (nouvel onglet) , publié le 23 avril 2026 · consulté le 2 octobre 2026 - interdite, comme dans nombre d’autres pays : Importation en Suisse de produits à base de coca (feuilles, infusions, bonbons, farine) (Suisse) . Selon le DFAE, cette importation est « interdite en Suisse », comme dans nombre d’autres pays.
Source officielle : DFAE, Conseils pour les voyages – Pérou (publiés le 2 mars 2026, valables le 2 octobre 2026) (nouvel onglet) , publié le 2 mars 2026 · consulté le 2 octobre 2026
Sources consultées
- CDC Yellow Book, approches complémentaires et intégratives (coca et altitude, tests de dépistage) (nouvel onglet) (consulté le 2 octobre 2026)
- OMS, le comité d’experts conclut l’examen de la feuille de coca (10 décembre 2025) (nouvel onglet) (consulté le 2 octobre 2026)
- DFAE, Conseils pour les voyages – Pérou (valables le 2 octobre 2026) (nouvel onglet) : le DFAE indique que l’importation de produits à base de coca est « interdite en Suisse ». (consulté le 2 octobre 2026)
- Wikipédia (espagnol), Chacchado, Kintu, Lectura de hojas de coca, Hoja de coca, ENACO (nouvel onglet) (consulté le 2 octobre 2026)
- Wikipédia (anglais), Coca, Coca tea (nouvel onglet) (consulté le 2 octobre 2026)
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