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La feuille de coca au Pérou : usages et règles

Dès l’arrivée à Cusco, on vous proposera sans doute une tasse de mate de coca. Voici ce que la feuille représente dans les Andes, pourquoi tant de gens la conseillent contre l’altitude, et ce que l’on a le droit d’en rapporter : en Suisse, rien.

Texte révisé le 11 octobre 2026
Tasse d’infusion de coca et coupelle de feuilles de coca séchées, devant une fenêtre donnant sur des toits de tuiles et des montagnes
Illustration : infusion de feuilles de coca, dans les Andes

En bref

Au Pérou, la feuille de coca est légale, vendue sous contrôle de l’État, mâchée et offerte dans les Andes depuis des millénaires, et bue en infusion par tout le monde. Sur place, on vous la conseillera presque partout contre le soroche, le mal d’altitude : beaucoup de Péruviens et de voyageurs disent qu’elle aide. Prenez-la comme une aide de tradition, pas comme un médicament. Deux précautions : elle peut rendre positif un test de dépistage de la cocaïne, et l’importation de produits à base de coca est interdite en Suisse : feuilles, sachets d’infusion et bonbons restent au Pérou.

La feuille n’est pas la cocaïne

La coca est un arbuste cultivé sur les versants humides de l’est des Andes et en Amazonie. Ses feuilles contiennent des alcaloïdes, dont la cocaïne, en faible proportion : selon les variétés étudiées, de 0,25 à 0,77 % en moyenne. La cocaïne s’obtient par extraction chimique à partir de grandes quantités de feuilles. Mâcher une feuille ou boire une infusion n’a rien de comparable à cette drogue.

Au Pérou, la feuille est légale. Son commerce légal relève d’une entreprise d’État créée en 1949, l’ENACO, qui détient le monopole de la commercialisation et s’appuie sur un registre de producteurs autorisés. La cocaïne, elle, est sévèrement punie : le DFAE rappelle que même de petites quantités de drogue mènent à de lourdes peines de prison.

Dans le droit international, la feuille figure, avec la cocaïne, au tableau I de la Convention unique sur les stupéfiants de 1961. Le Pérou et la Bolivie défendent depuis longtemps l’usage traditionnel ; en 1988, ils ont obtenu qu’une autre convention de l’ONU tienne compte des usages traditionnels licites. Où en est-on : maintenue au tableau I de la Convention unique de 1961 : l’OMS l’a recommandé en décembre 2025, et la Commission des stupéfiants l’a confirmé sans vote en mars 2026.

Une pratique sociale, rituelle, et différente selon les lieux

Mâcher la coca. On l’appelle chacchado, acullico ou, en quechua de Cusco, hallpay. On garde une petite boule de feuilles entre la joue et la mâchoire, que l’on mâche lentement, avec une pincée de substance alcaline : de la chaux, ou de la llipta, cendres de quinoa ou d’autres plantes pressées en petites barres. Des traces de cette pratique, feuilles et chaux, datent de plus de 8 000 ans dans la vallée de Nanchoc, au nord du Pérou ; des céramiques moche la représentent. Sous les Incas, la coca était réservée à la noblesse et à quelques fonctions ; à l’époque coloniale, elle a accompagné le travail des mines. Aujourd’hui, des chauffeurs de longue distance, des ouvriers du bâtiment, des mineurs ou des étudiants en période d’examens la mâchent, pour mieux supporter la fatigue, le froid ou l’altitude.

Offrir avant de prendre. Avant de porter les feuilles à la bouche, il est d’usage de choisir quelques belles feuilles, le k’intu, et de souffler dessus une courte prière, le pukuy, adressée aux montagnes (les apus) ou à la terre (la Pachamama). Le nombre de feuilles varie : trois chez les Aymaras de Chucuito, près de Puno, et chez les Q’eros de Paucartambo, quatre ou cinq dans une cérémonie décrite à Huancavelica. La coca fait aussi partie des offrandes plus complètes, et des pèlerinages comme celui de Qoyllur Rit’i.

Lire les feuilles. Dans les communautés quechuas et aymaras, on lance des feuilles sur une petite étoffe pour poser une question : un animal perdu, un voyage, une maladie. Une personne spécialisée, le qhawaq à Cusco ou le qatipaq à Ayacucho, interprète la position, la couleur et la face des feuilles. Dans l’Áncash, la katipa associe la coca mâchée au tabac ; chez les Yánesha d’Amazonie centrale, la divination passe par une veille nocturne.

Accepter ou refuser. Si l’on vous en propose, vous pouvez goûter ou refuser poliment, d’un simple « gracias » : personne n’attend d’un visiteur qu’il pratique ces gestes.

Ce sont des pratiques vivantes, avec leurs règles et leurs spécialistes. Une démonstration pour touristes n’en donne qu’une image ; une explication par quelqu’un qui les pratique en dit davantage. Voir voyager respectueusement.

Feuille, infusion, produits transformés

Forme Ce que c’est Où on la trouve
Feuilles sèches Feuilles entières, à mâcher ou à infuser Marchés andins, sachets de l’ENACO et d’autres marques
Mate de coca en sachet Infusion d’environ un gramme de feuilles ; une tasse contient environ 4 mg d’alcaloïdes Supermarchés, hôtels, restaurants, partout au Pérou
Infusion de feuilles entières Feuilles fraîches ou sèches dans une théière Accueil de nombreux hôtels à Cusco et dans les Andes
Bonbons, farine, liqueurs, cosmétiques Produits transformés, à la teneur variable Boutiques de souvenirs
Cocaïne Drogue extraite chimiquement, illégale au Pérou comme ailleurs Aucune place dans un voyage : peines de prison lourdes

Ce tableau décrit ce que l’on rencontre sur place. Si vous êtes enceinte, suivez un traitement ou avez un problème cardiaque, demandez conseil à un médecin avant de boire une préparation dont vous ne connaissez pas la composition.

Contre l’altitude : ce qu’on vous dira sur place

  • À Cusco, on vous en proposera partout : des feuilles ou des sachets de mate à l’accueil de nombreux hôtels, une tasse au restaurant, des feuilles au marché. Les guides, les chauffeurs et les habitants la conseillent contre le soroche, le mal d’altitude.
  • Ce que les gens en disent : une tasse de mate ou quelques feuilles mâchées aideraient à mieux respirer, à moins sentir le mal de tête et la fatigue, et à digérer après le repas. Beaucoup de voyageurs disent s’être sentis mieux ; d’autres ne remarquent pas grand-chose.
  • Avec précaution : c’est une aide de tradition, pas un médicament. Elle ne remplace ni deux premières journées tranquilles, ni une descente si un malaise s’aggrave. Voir l’altitude.
  • Les tests de dépistage : la coca peut rendre positif un test des métabolites de la cocaïne, parfois après une seule tasse.

À ne pas confondre. Les cérémonies avec des boissons hallucinogènes, comme l’ayahuasca, n’ont rien à voir avec la coca. Le DFAE déconseille d’y participer, en raison de graves risques pour la santé.

Frontières : rien ne repart dans la valise

Le DFAE est clair : interdite, comme dans nombre d’autres pays. Cela concerne les feuilles, les sachets de mate, les bonbons et la farine, même achetés légalement au Pérou. Hors d’Amérique du Sud, la plupart des pays ne distinguent pas la feuille de la cocaïne ; en Amérique du Sud même, le Brésil et le Paraguay l’interdisent. Vérifiez aussi les règles des pays où vous faites escale.

Buvez une infusion sur place si vous le souhaitez, et partez sans. Voir frontières et documents.

Questions fréquentes

Le mate de coca aide-t-il contre le mal d’altitude ?

Sur place, presque tout le monde vous dira que oui : beaucoup d’hôtels de Cusco en servent à l’arrivée, et de nombreux voyageurs disent se sentir mieux après une tasse ou quelques feuilles mâchées. Prenez-le avec prudence, comme une aide de tradition : ce qui compte reste de monter progressivement, et de redescendre et consulter si un malaise s’aggrave.

Une tasse de mate de coca peut-elle rendre un test antidrogue positif ?

Oui, c’est possible : la feuille contient de faibles quantités d’alcaloïdes, dont la cocaïne, et un test peut les détecter. Si vous êtes soumis à des contrôles, sportifs ou professionnels, abstenez-vous.

Peut-on rapporter des sachets de mate de coca en Suisse ?

Non. Le DFAE rappelle que l’importation de produits à base de coca est interdite en Suisse, et dans nombre d’autres pays. Cela vaut pour les feuilles, les infusions en sachets, les bonbons et la farine.

Sources et dates

5 sources

Prix, horaires et règles changent : chaque information citée renvoie à sa source, avec sa date de consultation.

Chiffres et règles cités

Sources consultées

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